LES FILMS

Secrets
de famille (Familjehemligheter), de Kjell Åke Andresson
Suède. 2000. Scénario
: Håkan Lindhé. Interprètes : Rolf Lassgård,
Maria Lundqvist, Erik Johansson. Production : AB Svensk Filmindustri.
Couleur. 102 mn.
Le mariage de Mona et Bosse bat de l'aile, et chacun de leurs trois
enfants porte en lui un traumatisme secret. Car dans cette famille,
tous vivent leur vie sans rien laisser deviner aux autres. Bosse,
le père, est un véritable " intégriste
" du bonheur, mais sa manière d'affirmer que tout va
bien nous persuade du contraire
Tout semble se désintégrer,
la maison qu'il a construite, mais aussi sa famille
Il peut paraître difficile au premier abord de critiquer ces
films venus du Nord avec notre regard très français.
Mais, après tout, voilà une bonne occasion de lever
le voile et de dissiper certains malentendus à propos de
ce cinéma méconnu.
Une projection en VOSTF est bien entendu nécessaire pour
réellement apprécier ce film, même si, il est
vrai, la barrière de la langue et de l'accent est difficile
à passer.
J'ai beaucoup apprécié Secrets de famille. L'action
se déroule il y a quelques années, et au travers de
ces secrets familiaux, de nombreux sujets de société
sont abordés. Sans vulgarité, le film laisse tout
de même de côté le " politiquement correct
" et la pudeur des esprits bien-pensants. Beaucoup de tabous
sont exploités : adultère, réaction des jeunes
enfants, adolescence, libération sexuelle et morale
Les comédiens sont attachants : de la mère un peu
perdue par ses sentiments au père qui sombre dans la folie
sous les assaut répétés de tous les changements
de son foyer. Sans oublier les trois enfants : un petit bout de
chou traumatisé et un jeune homme qui vit une crise d'adolescence
proche de la rébellion. Une très belle performance
d'ensemble des comédiens donc. Notre regard " franco-français
" reprochera peut-être une mise en scène un peu
lente (propre à la culture locale ?) mais je suis particulièrement
touché par le traitement de ces divers sujets.
Enfin, pour rassurer les éventuels spectateurs inquiets,
ce film n'est pas uniquement un drame familial mais comporte aussi
plusieurs scènes très drôles. Je pense ici notamment
à une scène " d'anthologie " qui ne peut-être
racontée sans gâcher l'effet de surprise.
Bref, une découverte concluante pour ce film d'ouverture
qui, s'il en était besoin, nous donne envie de continuer
à découvrir ce cinéma nordique à la
fois si différent et si proche du notre.
Elling,
de Peter Naess
Norvège. 2001. Scénario
: Axel Hellstenius. Interprètes : Per Christian Ellefsen,
Svenn Nordin, Per christensen. Production : Maipo film og TV. 90mn.
Distribution : Pretty Pictures.
Après deux ans d'internement à l'hôpital psychiatrique
de Brøynes, Elling est confronté à la réalité.
Les services sociaux l'installent dans un appartement à Oslo
avec Kjell Bjarne, également en difficulté. Ils vont
apprendre à vivre de façon autonome soutenus par les
visites régulières d'un éducateur. Bien que
leur appréhension du monde extérieur ainsi que leurs
centres d'intérêts soient différents, ils restent
cependant très attachés l'un à l'autre.
Elling est un film norvégien vraiment très drôle,
même s'il est tout de même un peu dérangeant
et m'a laissé un goût particulièrement bizarre
dans la bouche. On peut voir dans ce film, et surtout dans l'interprétation
de Per Christian Ollefsen, une forme de Woody Allen norvégien,
tant le personnage d'Elling est névrosé et rappelle
ce célèbre acteur américain. La beauté
du film réside dans l'humanité de son histoire et
des relations amicales qui unissent les deux hommes dans ce film.
Mais c'est aussi cela qui est difficile à vivre. Ces deux
hommes sont atteints d'une forme de folie, sont des marginaux et
tout semble les opposer. Pourtant, l'amitié va prendre le
dessus, nous offrant un film drôle, émouvant et étonnant.
Les deux acteurs se complètent parfaitement, l'un est aussi
exubérant que le second est timide
Ce qui est réellement
frappant dans ce film est que le spectateur rit du début
jusqu'à la fin, mais qu'il est tout aussi gênant de
rire à ces situations, de peur de se moquer de ces marginaux
au lieu de compatir à leurs difficultés. Finalement,
passé le premier temps de stupeur et la barrière de
la langue, on finit par pleinement profiter du film et se laisser
entraîner par l'histoire et la drôlerie d'Elling et
de son ami, une beauté qui culmine dans le final où
tout semble résolu dans le meilleur des mondes possibles
pour nos deux compères.
Il serait difficile d'aller plus loin dans une critique de ce film
tant les sentiments qui m'ont assailli aussi bien au cours de la
séance qu'après sont contradictoires. Mais il faut
tout de même souligner que la grande majorité du public
rouennais ainsi qu'américain (Elling était nommé
aux Oscars) n'a pas éprouvé de telles réticences
et a particulièrement apprécié ce film ce qu'il
semble particulièrement mériter malgré mes
doutes personnels
La
dérive (Drift), de Michiel Van Jaarsveld
Pays-Bas. Scénario :
Jacqueline Epskamp. Interprètes : Christel Oomen, Dragan
Bakema, Hans Hoes. Production Waterland Film & TV. Couleur.
90mn.
Sammy 15 ans a récemment pris conscience du désir
qu'elle suscite chez les hommes, mais le seul qui l'attire est Jacob,
son frère aîné. Leur père est placé
à l'hôpital psychiatrique et leur mère est absente
depuis des années. Jacob subvient à leurs besoins
en faisant du trafic et veille sur sa petite sur de manière
possessive. Celle-ci tente d'exprimer et d'exercer sa sexualité
naissante en séduisant le père de sa meilleure amie.
Les dés sont jetés et une force indomptable entraîne
Sammy et son frère dans une union inévitable
Quel choc ! La Dérive est un film magnifique, mais vraiment
très dur. En effet, les sujets traités sont réellement
éprouvants, principalement cette histoire d'amour incestueuse
entre le frère et sa sur qui, même si on ne sait
pas directement jusqu'où se manifeste cette attirance, gêne
profondément le spectateur. Le film est filmé avec
beaucoup de pudeur et de tendresse, et les images sont magnifiques
et saisissantes. Je pense ici aux nombreux plans sur les visages
des personnages principaux lorsque ceux-ci sont sur leurs motos.
Au-delà de cette histoire incestueuse, la vie de Sammy nous
choque tout au long du film, que ce soit les trafics malsains auxquels
elle doit se livrer avec son frère pour survivre, que sa
sexualité naissante et violente puisqu'elle séduit
le père de sa meilleure amie et connaît alors de grandes
désillusions. On soulignera alors ici la magnifique interprétation
de la jeune Christel Oomen, qui a d'ailleurs reçu le prix
d'interprétation du festival pour ce rôle. Christel
Oomen joue ici dans son premier film et est incroyable de naturel
dans un rôle pourtant si difficile.
À nouveau, il est difficile de résumer et de commenter
ce film, mais je noterai tout de même en guise de conclusion,
que si ce film est très difficile, il n'en est pas moins
un très bon film et que même s'il nous plonge dans
un très long trouble à la sortie de la projection,
on ne regrette pas du tout de l'avoir vu, bien au contraire

Un véritable humain (Et rigtigt menneske), de Åke
Sandgren
Danemark. 2001. Scénario
: Åke Sandgren. Interprètes : Nikolaj Lie Kaas, Peter
Mygind, Susan Olsen. Production : Zentropa productions. 90 mn.
" P " est un personnage imaginé par la petite Lisa,
7 ans. Il " vit " derrière le papier-peint de sa
chambre. Un jour, la maison est démolie. Il fait son apparition
au milieu des gravats. Sans langage ni identité, il va faire
ses premiers pas dans le monde des humains. C'est ainsi que commence
le récit du voyage initiatique de " P " vers la
condition d'humain. Une fable contemporaine à propos d'un
être invisible auquel est donnée la chance de devenir
un être vivant.
Un véritable humain est un films qui, par sa première
image, nous fait craindre le pire. En effet, il est tourné
selon les règles du Dogme 95 de Lars Von Trier. Le spectateur
français que je suis craint alors de souffrir de cette mise
en scène étonnante, dépouillée
Et pourtant, il n'en est rien, bien au contraire. Une mise en scène
dépouillée va ici permettre de mettre en relief la
qualité de l'histoire racontée. Un véritable
humain est un véritable conte contemporain, étonnant
et détonnant. Le réalisateur profite de la quête
d'humanité de son personnage pour dénoncer l'intolérance,
les préjugés, l'ingratitude ou la malhonnêteté
des hommes sans pour autant jouer les donneurs de leçons.
L'histoire de " P " nous touche au plus profond de notre
âme et on est réellement pris d'affection pour ce personnage.
La qualité du film repose également sur les talents
d'interprète du personnage principal. Ce qui est encore plus
marquant à propos de ce film est qu'il a reçu le prix
du jeune public décerné par les lycéens ce
qui prouve, s'il en était besoin, qu'il est vraiment destiné
à tous les publics et que " Dogme " ou " Cinéma
Nordique " n'est pas synonyme d'ennui, bien au contraire
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